[INTERVIEW] Portrait de Fernand Kayser - Peindre le monde, un geste après l’autre
Huitième portrait de la série “Famille de cœur” – par ADD Associés
Artiste mulhousien, peintre du quotidien et bâtisseur d’univers foisonnants, Fernand Kayser appartient à ces créateurs qui parlent de leur travail avec une humilité lumineuse. Malgré quinze années de création et des centaines de toiles parties vivre leur vie aux quatre coins du monde, il aborde encore son parcours comme un territoire ouvert. « J’ai toujours l’impression d’être au début », confie-t-il. Pour lui, peindre n’est jamais un acquis : c’est un élan perpétuel, une nouvelle histoire qui commence à chaque toile blanche.
ADD Associés a souhaité lui consacrer ce portrait, huitième volet de la série Famille de cœur, pour mettre en lumière le lien sensible, sincère, né autour d’une œuvre créée sur mesure pour ADD et d’une rencontre artistique qui dépasse largement les frontières du métier.
Du dessin automatique à l’art contemporain : une trajectoire instinctive
Fernand Kayser ne revendique ni héritage académique, ni révélation mystique. Il revendique… le geste. Celui qu’il répète depuis l’enfance, de manière frénétique, sur n’importe quel morceau de papier. « Pendant longtemps, je disais que je faisais de l’écriture automatique. Ce n’était pas de l’écriture, mais du dessin. Je prends mon crayon, et je ne sais pas ce qui va en sortir. »
Sa première exposition date de 2010, il a alors dix-neuf ans. Une exposition modeste, sans signature ni prix affiché, comme si l’artiste n’osait pas encore s’assumer. Peu importe : il crée sans relâche, explore le graffiti comme outil plutôt que comme culture, trouve dans l’atelier collectif de Mulhouse une liberté fondatrice. Là, entre toiles, murs et expérimentations, il découvre que son geste peut prendre de l’ampleur. « Je pouvais aller plus vite, plus grand. Une porte s’est ouverte. »
En 2013, il fait un choix décisif : vivre de son art.
« Je ne savais même pas que c’était possible. Mais je me suis levé un matin en me disant : c’est ça que je vais faire. »
Il quitte les petits boulots dans l’événementiel pour peindre à plein temps, avec pour seuls bagages le travail, la régularité et l’instinct. Le reste suivra : ventes, expositions, reconnaissance des galeries, bouche à oreille.

Un univers qui accumule, assemble et ordonne le chaos
Observer une toile de Fernand, c’est entrer dans un foisonnement : usines, bouteilles, animaux, palmiers, maisons, silhouettes… Un inventaire du monde, à la fois naïf et précis, chaotique et structuré.
D’où vient cet univers singulier ? L’artiste détourne la question d’un sourire : « Je suis un peintre du quotidien. » Les objets qu’il peint sont ceux qui l’entourent. Les formes qu’il répète sont celles qui, un jour, l’ont accroché. Longtemps, il tentait d’expliquer chaque élément : telle usine était celle de la rue voisine, tel palmier celui d’un voyage. Puis il a arrêté. « Mes tableaux sont déjà denses. Si en plus je densifie l’explication, je perds les gens. Je préfère leur retourner la question. Ce que les autres y voient nourrit mes toiles suivantes. »
L’accumulation n’est donc pas un programme, mais un mouvement naturel.
Un geste qui embrasse — plutôt qu’il n’ordonne — le désordre du monde.
Symboles, interdits et fidélité au geste
Si le quotidien irrigue ses œuvres, tout n’y entre pas. Fernand se refuse à toute commande trop orientée. « Pendant un temps, je personnalisais des toiles. Ça m’a permis de manger, mais je ne m’en souvenais même plus. Je les faisais comme un robot. »
Désormais, il ne garde que ce qui « lui parle ». Il se fixe des interdits : pas de symboles plaqués, pas de Mickey Mouse, pas de signes qu’il ne ressent pas. « Si ça ne me plaît pas, ce n’est pas dans le tableau. »
Les animaux, longtemps signatures malgré lui, ont disparu avant de revenir comme clins d’œil à son histoire. Un retour organique, non programmé.
Au cœur de tout cela : le geste.
« Je peins seulement quand j’ai envie… Heureusement, j’ai toujours envie ! »
Cette dimension physique, tendre la toile, la préparer, tracer le premier trait — structure toute sa démarche. « Il y a des jours et des jours d’aplats derrière une toile. Le résultat paraît simple. Mais il y a du labeur. »

Mulhouse : une ville-mère, un territoire inspirant
Pour comprendre Fernand Kayser, il faut comprendre Mulhouse. Il le dit sans détour : « C’est le cœur. » Ville industrialo-artistique, terre de collectifs, d’underground, de lieux atypiques, elle lui a offert ce que Paris ne pourra jamais offrir : de l’espace, de la liberté et une communauté.
« On me disait : si tu veux être artiste, il faut aller à Paris. Mais aujourd’hui, ce n’est plus vrai. Moi, j’ai un atelier de 600 m². Et je peux envoyer mes toiles partout. J’aime mettre Mulhouse en avant sans rien attendre d’elle. »
Ses œuvres contiennent cette énergie brute : usines, structures, silhouettes industrielles… autant de morceaux de territoire. Mulhouse n’est pas une référence : c’est une matière.
Redonner l’étincelle reçue enfant
La transmission n’était pas une démarche assumée chez Fernand. Jusqu’à ce que la mémoire d’un homme ressurgisse : Robert Zieba, peintre alsacien, venu dans sa classe de CE2. « Il nous avait appris à peindre des fleurs en quatre coups de pinceau. J’ai encore ce tableau. »
Des années plus tard, en accompagnant des élèves, Fernand s’est rappelé cette étincelle. « Si, dans 600 élèves, il y en a un à qui je peux donner cette étincelle… c’est magnifique. »
Dans l’atelier Schlager, qu’il partage avec ses amis, la transmission est aussi familiale qu’artistique. Ils y ont même fondé, presque par accident, une menuiserie devenue entreprise : Dust & Zephyr. Une histoire d’amitié devenue structure créative.
Famille de cœur : artistes, lieux et liens fondateurs
Invité à désigner les figures de sa « famille de cœur », Fernand cite spontanément Bernard Latuner, doyen des peintres mulhousiens contemporains. Un choc, une admiration : « Tout ce que je fais, il l’a fait avant moi. » L’exposition que Fernand et son collectif ont organisée pour lui reste l’un de ses plus beaux souvenirs : un geste d’hospitalité, mais aussi de filiation symbolique.
Sa famille de cœur, ce sont aussi ses compagnons d’atelier. Des « frangins », libres, soudés, sans hiérarchie. Une communauté élective, forte comme des liens de sang.
Somewhere, Nowhere : la rencontre avec ADD Associés
Lorsque Jérôme Carliez, Associé et Directeur général adjoint du groupe ADD, lui propose une collaboration, Fernand accepte à condition d’avoir carte blanche. « Je déteste les commandes, sauf quand je peux être sincère. »
La liste de mots fournie par Jérôme l’enchante : un ballon de basket, un verre de vin blanc, une villa brune avec piscine, l’héritage de Dora Maar… « C’était décousu, et j’adore ça. »
L’œuvre prendra le titre Somewhere, Nowhere, expression soufflée par Jérôme et immédiatement adoptée.
En découvrant l’histoire de Dora Maar (mandaté à l’origine pour retrouver ses héritiers, ADD Associés représente une partie des ayants droit de Dora Maar. Nous veillons à la préservation de son héritage artistique et à la gestion de ses droits d’auteur en partenariat avec l’ADAGP, respectant ainsi son apport essentiel à l’art du XXème siècle), l’artiste choisit de lui rendre hommage. Il glisse dans la toile la main sortant du coquillage et son prénom, en reconnaissance de son œuvre.
Ainsi est née cette œuvre hybride, entre mémoire familiale, inventaire poétique et geste pictural.
Une idée qui le guide encore
Lorsqu’on lui demande si un geste ou une image continue de le guider, Fernand réfléchit un instant. Ce n’est pas une phrase. Ce n’est pas un symbole. C’est le geste. Toujours le geste. Celui qui, depuis l’enfance, recommence chaque matin, avec la même envie intacte : peindre.
- Découvrir les œuvres de Fernand via Malagacha Gallery : https://malagacha.com/artistes/fernand-kayser/
- Sur Instagram : @fernandkayser https://www.instagram.com/fernandkayser/ et @schlager_club https://www.instagram.com/schlager_club/
- Sur Facebook : https://www.facebook.com/Fernisuperpositionneur
- Menuiserie Dust & Zephyr : https://www.dustzephyr.com/
- Redécouvrir Dora Maar : une artiste plurielle et visionnaire : https://www.linkedin.com/posts/add-associ%C3%A9s_droitsdesfemmes-doramaar-photographie-activity-7304067115035078656-UftA
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Credit : Christophe Schmitt