[INTERVIEW] Portrait de Virginie Pichat & Blandine de Rugy - Faire parler les silences

Virginie Pichat et Blandine de Rugy

Elles accompagnent les transformations sans jamais les imposer. Elles font émerger des réponses sans prétendre les détenir. Depuis plusieurs années, Virginie Pichat et Blandine de Rugy interviennent aux côtés d’ADD Associés pour faire vivre ce qui ne se décrète pas : un collectif.

Rencontre avec deux coachs qui travaillent moins sur les organisations que sur les liens qui les animent, de ceux qui, avec le temps, font basculer une relation professionnelle dans une forme d’évidence plus intime.

Deux trajectoires, une même inclination

Elles parlent de systèmes là où d’autres parlent d’organisations. Elles parlent de liens là où d’autres parlent de rôles. Et elles parlent de mouvement là où d’autres cherchent des réponses. Virginie Pichat et Blandine de Rugy n’ont pas choisi le coaching comme un métier : elles l’ont rejoint comme une évidence, presque comme une conséquence logique de leurs parcours.

Rien, a priori, ne les destinait à travailler ensemble. Virginie vient du marketing, de la communication, de la gestion de projets — une trajectoire faite de changements assumés, recherchés même. Elle aime apprendre, explorer, se déplacer. Dans ses différents rôles, un fil rouge discret apparaît : les autres viennent à elle. Pour un conseil, un regard, une écoute. Blandine a passé près de vingt ans chez SFR, au cœur d’un environnement plutôt technique et en transformation permanente. Elle y occupe des fonctions d’interface, à la croisée des expertises, là où il faut faire dialoguer des mondes qui cohabitent sans toujours se comprendre. Avec le recul, elles identifient toutes les deux ce qui était déjà là : une attention fine aux interactions humaines, un goût pour la complexité relationnelle, et une forme d’engagement au service des autres. Le coaching n’est pas une rupture, c’est un prolongement.

Se rencontrer, puis se reconnaître

Leur rencontre tient presque du cliché — mais un cliché qui fonctionne. Un client commun, des missions partagées, et très vite une évidence. « Un coup de foudre », disent-elles sans détour. Non pas spectaculaire, mais limpide. Une facilité à travailler ensemble, une sensation de reconnaissance mutuelle, et comme si chacune retrouvait chez l’autre quelque chose de déjà familier.

Ce qui fonde leur duo tient en réalité à un équilibre rare : un socle de valeurs communes, mais aussi – et surtout – une capacité à accueillir la différence. Leur complémentarité n’est pas de façade, elle est opérante. Elle se met au travail, au service des clients, et devient une ressource à part entière.

Un duo vivant, pas lisse

Travailler à deux dans un métier aussi incarné que le coaching n’a rien d’évident. Les désaccords existent, les tensions aussi, les divergences de perception également. Mais là où beaucoup chercheraient à lisser, elles choisissent d’explorer.

Un désaccord n’est pas un problème : c’est une information. Sur elles-mêmes, mais aussi sur le système qu’elles accompagnent. « Nos oppositions racontent aussi les frottements du système. » Elles ont développé un réflexe simple pour sortir des logiques d’affrontement : dire « on essaie ». Une manière de quitter la posture de certitude pour entrer dans celle de recherche. Leur duo ne repose pas sur l’accord permanent, mais sur une confiance suffisante pour traverser le désaccord.

Créer des espaces plutôt que donner des réponses

Leur définition du coaching est à l’image de leur posture : sobre, exigeante, presque désarmante. Créer des espaces de rencontre. Des espaces où les individus et les collectifs peuvent s’arrêter, regarder, penser autrement. Où quelque chose peut se déplacer.

Elles ne se positionnent pas comme des expertes du contenu, le savoir est du côté du client. Leur rôle consiste à faciliter l’accès à ce savoir, à poser des questions, à mettre en situation, à accompagner une réflexion qui, bien souvent, existe déjà mais reste inaccessible. Dans un monde où tout s’accélère, elles introduisent des temps d’arrêt, des respirations, des moments de lucidité. Et cela change profondément la qualité des décisions et des relations.

Explorer plutôt que maîtriser

Le coaching, chez elles, est un métier d’explorateur. On ne connaît ni le chemin exact, ni le point d’arrivée, mais on avance. Les dirigeants et managers qu’elles accompagnent arrivent souvent avec une intuition floue, un inconfort difficile à formuler. Le travail consiste d’abord à clarifier, puis à construire, ensemble, une trajectoire.

Et surtout à accepter une part d’incertitude. Parce que ce qui compte n’est pas d’apporter une solution, mais de faire émerger la bonne question.

Quand comprendre ne suffit plus

C’est l’un de leurs constats les plus structurants. Dans les organisations, beaucoup comprennent parfaitement les concepts… sans que les comportements ne changent. Le problème n’est donc pas cognitif. Il est ailleurs.

D’où le recours à des approches dites « non conventionnelles » : théâtre, mise en situation, œuvres d’art, métaphores. Autant de détours qui permettent de contourner les résistances du mental et d’activer d’autres leviers. Le théâtre devient un laboratoire, un espace sécurisé où l’on peut tester, se tromper, recommencer. Où chacun produit ses propres solutions. Et où les apprentissages s’ancrent durablement. « Si on reste dans la tête, on ne s’en sort pas. »

Une rencontre avec ADD sous le signe de l’audace

Leur première intervention chez ADD ne passe pas par un cadre classique, mais par un escape game dans un vaisseau spatial. Une expérimentation, une mise en situation, une manière d’observer le collectif en action.

Ce qui les frappe immédiatement, c’est l’audace : la capacité à expérimenter sans tout maîtriser, à faire confiance au processus, à accepter l’incertitude.

Une manière d’entrer en relation qui, progressivement, dépasse le cadre de la mission pour s’inscrire dans quelque chose de plus durable.

Révéler un collectif derrière les métiers

Chez ADD, l’enjeu n’a pas été posé d’un seul bloc. Il s’est construit au fil de la croissance.

Au départ, il y a une évidence : une entreprise structurée par des expertises fortes, des identités métiers marquées, des implantations multiples. Le collectif existe, mais ses liens restent en partie invisibles. Il faut alors poser les bases. Nommer ce qui relie. Faire émerger un socle commun.

C’est dans ce contexte qu’émerge le projet Valeurs. Non pas pour afficher des principes, mais pour révéler un ADN : ce qui fait qu’on est chez ADD, ce qui crée l’attachement, ce qui distingue l’entreprise.

Puis vient un second temps, plus exigeant : faire vivre ces valeurs. Les incarner dans les pratiques, les décisions, les interactions. Donner une place à chaque voix. Sortir des logiques de silo. Et, au passage, poser une question simple mais structurante : « Faites-vous vraiment confiance à votre collectif ? »

Aujourd’hui, avec la croissance, un troisième enjeu apparaît. Non plus seulement fédérer, mais préserver. Faire en sorte que ce qui a été construit ne se dilue pas. Adapter l’organisation, accompagner les évolutions, sans perdre ce qui fait la singularité du groupe.

Famille de coeur - portrait de Virginie Pichat et Blandine de Rugy - formation

Une galaxie d’inspirations

À la question des figures inspirantes, elles refusent de choisir. Leurs références sont multiples, mouvantes, contextuelles : Simone Veil et Nelson Mandela pour le courage, Marc Chagall pour l’imaginaire, Meryl Streep pour la justesse, Obélix pour la simplicité.

Plutôt qu’un modèle, elles parlent d’une constellation dans laquelle elles puisent selon les situations. Un point commun demeure : la curiosité, et le refus de l’entre-soi.

Éclairer sans occuper la lumière

Leur métier consiste à éclairer les autres, pas à se mettre en lumière. Et pourtant, le temps d’un entretien, le projecteur se retourne.

Comme au théâtre, il ne s’agit pas d’occuper la lumière, mais de rendre visible ce qui ne l’est pas encore. Chez ADD Associés, ce travail sur les liens invisibles dit peut-être l’essentiel : ce qui fait tenir un collectif ne se voit pas toujours — mais se ressent immédiatement.